
Au départ, je ne voulais pas lire
Le marché des amants, mais un peu comme un automatisme, comme certains avaient décidé de ne pas voter Sarkozy par principe, sans réfléchir vraiment, puisque les autres ont tellement l’air de l’avoir fait à notre place. Puis j’ai glissé la tête entre les premières pages, et je me suis prise à ce jeu de l’amour et du hasard, entre le musicien métis et « sa bourgeoise », comme il l’appelle…
« Tous les moments étaient pleins avec lui. Comme un ballon bien gonflé qui s’envolait dans les airs au moindre souffle. »La narratrice aime profondément son Doc Gynéco et pourtant leur couple fait rire dans tous les diners. Son « milieu » à elle ne la comprend pas, alors que son « milieu » à lui, respecte leur amour. Tout est une question de rythme. Lui, c'est un artiste, il a le sens du rythme, il a une élégance singulière, une résonance sexuelle et sensuelle qu’elle ne trouve pas chez ses amants journalistes de la rive gauche. Et la musique, ça se passe de tous les discours des intellos du Flore, qui se noient dans leurs clichés.
J’ai aimé ce livre pour la pureté d’un amour, qui se joue des différences. Mais se jouer des différences de milieux et de pensées, c’est un travail à temps plein et peu de gens s’y consacrent entièrement, parce que ça fait mal, parce que c’est dur… Alors oui, on sent que ça va déraper, mais c’est beau d’aimer ainsi. Le Doc aime « sa bourgeoise » de tout son être, mais il a un rythme à lui, que Christine a du mal à comprendre. Alors ça dérive…
La vie, en sommes…
Elle, c’est une femme, qui vit entourée de codes, de conventions.
C’est une femme, oui, donc elle en demande toujours plus. Et elle aime à mesure de ce qu’elle ne peut pas totalement obtenir. Lui, il l'aime mais dans sa façon d'aimer, il ne sais répondre que cela:
« Tu m’étouffes. Je t’ai dit que je t’aimais et tu fais comme si je ne l’avais pas dit. Pourquoi tu fais ça ? »Une femme, un homme, mars et vénus, toutes ces histoires. J'ai aimé que cette femme, que j'avais pourtant bien cru détester sans même avoir tenté de l'aimer, soit en proie aux mêmes dilemmes que moi, que toutes les femmes. Et si on passait son temps à convaincre l' Autre de nous aimer "à notre manière"?
Lé dépendance amoureuse, puis le grand espace que la liberté nous propose. Combler des vides. habiter des silences.
Et elle, elle ondule au rythme de son métis. Elle aime son rythme, sa musique, sa façon de capter des choses que tous les intellos de son monde ne capteront jamais.
« Il avait une oreille de musicien, un jour, on était au lit, on venait de faire l’amour, je lui avais dit « je t’aime » trois fois. Il disait : attention, j’entends quand c’est faux, je suis musicien. C’était vrai, le troisième je t’aime n’était pas aussi vrai que les deux premiers, il était plus mécanique, il avait été entrainé par les deux autres, il était pris dans la foulée. » @ Seuil